Lectures de la messe
Première lecture
« Ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant » (Ga 3, 6-14)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères,
Abraham eut foi en Dieu,
et il lui fut accordé d’être juste.
Comprenez-le donc :
ceux qui se réclament de la foi,
ce sont eux, les fils d’Abraham.
D’ailleurs, l’Écriture avait prévu, au sujet des nations,
que Dieu les rendrait justes par la foi,
et elle avait annoncé d’avance à Abraham
cette bonne nouvelle :
En toi seront bénies toutes les nations.
Ainsi, ceux qui se réclament de la foi
sont bénis avec Abraham, le croyant.
Quant à ceux qui se réclament de la pratique de la Loi,
ils sont tous sous la menace d’une malédiction,
car il est écrit :
Maudit soit celui qui ne s’attache pas à mettre en pratique
tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi.
Il est d’ailleurs clair que par la Loi
personne ne devient juste devant Dieu,
car, comme le dit l’Écriture,
celui qui est juste par la foi, vivra,
et la Loi ne procède pas de la foi,
mais elle dit :
Celui qui met en pratique les commandements
vivra à cause d’eux.
Quant à cette malédiction de la Loi,
le Christ nous en a rachetés
en devenant, pour nous, objet de malédiction,
car il est écrit :
Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice.
Tout cela pour que la bénédiction d’Abraham
s’étende aux nations païennes dans le Christ Jésus,
et que nous recevions, par la foi,
l’Esprit qui a été promis.
– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 110 (111), 1-2, 3-4, 5-6)
R/ Le Seigneur garde toujours
mémoire de son alliance.
ou : Alléluia. (Ps 110, 5b)
De tout cœur je rendrai grâce au Seigneur
dans l’assemblée, parmi les justes.
Grandes sont les œuvres du Seigneur ;
tous ceux qui les aiment s’en instruisent.
Noblesse et beauté dans ses actions :
à jamais se maintiendra sa justice.
De ses merveilles il a laissé un mémorial ;
le Seigneur est tendresse et pitié.
Il a donné des vivres à ses fidèles,
gardant toujours mémoire de son alliance.
Il a montré sa force à son peuple,
lui donnant le domaine des nations.
Évangile
« Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous » (Lc 11, 15-26)
Alléluia. Alléluia.
Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors,
dit le Seigneur ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre,
j’attirerai à moi tous les hommes.
Alléluia. (Jn 12, 31b-32)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
comme Jésus avait expulsé un démon,
certains dirent :
« C’est par Béelzéboul, le chef des démons,
qu’il expulse les démons. »
D’autres, pour le mettre à l’épreuve,
cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
« Tout royaume divisé contre lui-même devient désert,
ses maisons s’écroulent les unes sur les autres.
Si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même,
comment son royaume tiendra-t-il ?
Vous dites en effet que c’est par Béelzéboul
que j’expulse les démons.
Mais si c’est par Béelzéboul que moi, je les expulse,
vos disciples, par qui les expulsent-ils ?
Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges.
En revanche, si c’est par le doigt de Dieu
que j’expulse les démons,
c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.
Quand l’homme fort, et bien armé, garde son palais,
tout ce qui lui appartient est en sécurité.
Mais si un plus fort survient et triomphe de lui,
il lui enlève son armement auquel il se fiait,
et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé.
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ;
celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.
Quand l’esprit impur est sorti de l’homme,
il parcourt des lieux arides
en cherchant où se reposer.
Et il ne trouve pas. Alors il se dit :
“Je vais retourner dans ma maison,
d’où je suis sorti.”
En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée.
Alors il s’en va,
et il prend d’autres esprits encore plus mauvais que lui,
au nombre de sept ;
ils entrent et s’y installent.
Ainsi, l’état de cet homme-là
est pire à la fin qu’au début. »
– Acclamons la Parole de Dieu.
Méditation
Frères et sœurs bien-aimés dans le Christ,
La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à réfléchir sur deux réalités essentielles de notre vie spirituelle : la puissance de la foi qui nous ouvre à la bénédiction de Dieu et la nécessité de laisser le Christ régner durablement dans notre cœur.
Dans la première lecture, saint Paul rappelle aux Galates l’exemple d’Abraham : « Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste. » Abraham n’est pas devenu juste parce qu’il aurait été capable de tout accomplir parfaitement par ses propres forces, mais parce qu’il a cru en Dieu et s’est abandonné à sa promesse. Sa foi l’a mis en route, lui a appris à faire confiance et l’a conduit à accueillir ce que Dieu voulait réaliser dans sa vie.
Cette parole nous interpelle profondément. Sur quoi repose réellement notre relation avec Dieu ? Sur la confiance que nous mettons en lui ou sur la conviction que nous pouvons nous-mêmes mériter ses faveurs par nos seules performances religieuses ?
Il nous arrive parfois de penser que Dieu devrait nécessairement nous accorder ce que nous demandons parce que nous avons prié, jeûné, participé à la messe ou accompli certaines pratiques religieuses. Et lorsque nos demandes ne sont pas exaucées comme nous le souhaitons, nous sommes tentés de nous décourager, de nous révolter ou même de douter de son amour. Pourtant, la foi n’est pas un moyen de contraindre Dieu à faire notre volonté. Elle est une relation de confiance qui nous apprend à accueillir sa volonté, même lorsque nous ne comprenons pas immédiatement ses chemins.
Dans l’Évangile, Jésus vient de libérer un homme possédé par un démon. Au lieu de reconnaître l’action de Dieu, certains l’accusent d’agir par la puissance de Béelzéboul. D’autres réclament encore un signe, comme si tout ce que Jésus venait d’accomplir ne suffisait pas.
Voilà un paradoxe étonnant : devant une œuvre de libération, certains choisissent le soupçon plutôt que la foi.
Pourquoi une telle réaction ? Parce qu’il est parfois plus facile de rejeter ce qui dérange nos certitudes que d’accepter de nous laisser transformer. Les adversaires de Jésus voient les faits, mais refusent d’en reconnaître le sens. Leur cœur est fermé à la possibilité que Dieu soit réellement à l’œuvre devant eux.
Nous aussi, nous pouvons tomber dans ce piège. Nous demandons à Dieu d’agir, mais lorsqu’il agit d’une manière qui ne correspond pas à nos attentes, nous avons du mal à le reconnaître. Nous pouvons jalouser le bien qui se réalise à travers une autre personne, discréditer une initiative parce qu’elle ne vient pas de nous ou soupçonner les intentions de ceux dont les actions nous dérangent.
Dans nos familles, nos communautés chrétiennes et nos milieux de travail, nous devons nous poser cette question : est-ce que je sais reconnaître le bien lorsque Dieu le réalise à travers les autres, ou est-ce que mon orgueil m’empêche de m’en réjouir ?
Jésus poursuit son enseignement en parlant d’un homme fort qui garde son palais. Mais lorsqu’un homme plus fort survient, il le vainc et lui enlève ses armes. Par cette image, Jésus révèle sa victoire sur les puissances du mal. Il n’est pas un simple maître de sagesse venu nous donner quelques conseils : il est le Sauveur qui vient nous libérer et nous réconcilier avec Dieu.
Cette vérité est source d’espérance. Nous pouvons être confrontés à des habitudes mauvaises, à des colères répétées, à la jalousie, au mensonge, à l’impureté, à la rancune, à l’alcool ou à d’autres dépendances qui finissent par réduire notre liberté. Nous pouvons parfois avoir l’impression de tourner en rond, de prendre toujours les mêmes résolutions et de retomber dans les mêmes erreurs.
Mais l’Évangile nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot. Le Christ est plus fort que ce qui nous enchaîne. Sa grâce peut nous relever et nous donner la force de commencer un nouveau chemin.
Cependant, accueillir cette libération suppose que nous cessions de justifier indéfiniment nos fautes. Nous devons avoir le courage de reconnaître ce qui nous éloigne de Dieu, de demander son pardon, de recourir au sacrement de réconciliation lorsque nous en avons besoin et de prendre des décisions concrètes pour changer de vie.
Nous devons choisir de laisser Dieu habiter durablement dans notre cœur. Car, une conversion durable ne consiste donc pas seulement à supprimer certains comportements. Elle consiste à laisser Dieu renouveler notre manière de penser, de parler, d’aimer et d’agir.
Prions
Seigneur Jésus, je crois en toi, mais augmente ma foi. Apprends-moi à te faire confiance comme Abraham et à ne pas réduire ma relation avec toi à des pratiques accomplies par habitude ou par intérêt. Libère-moi de tout ce qui m’éloigne de ton amour. Donne-moi le courage de reconnaître mes fautes, de demander pardon et de prendre les décisions nécessaires pour changer de vie. Apprends-moi à rassembler plutôt qu’à diviser, à pardonner plutôt qu’à entretenir la rancune, à servir plutôt qu’à dominer et à rechercher ta volonté plutôt que la satisfaction de mes seuls désirs. Amen.
Intercession
Seigneur Jésus, nous te confions toutes les personnes qui luttent contre le péché, les dépendances, les blessures intérieures et les habitudes qui les empêchent de vivre pleinement leur liberté. Soutiens-les par ta grâce, conduis-les vers des personnes capables de les accompagner et donne-leur la persévérance nécessaire pour se relever.
Exercice spirituel
– Aujourd’hui, je ferai un examen sincère de mon cœur : quelle habitude, quelle attitude ou quel comportement m’éloigne le plus de Dieu et des autres ?
– Je prendrai une décision concrète de conversion : demander pardon, renoncer à une occasion de péché, chercher de l’aide ou réparer un tort causé à quelqu’un.
– Je remplacerai un comportement négatif par un acte positif : à la rancune, je préférerai un pas vers le pardon ; à la critique, une parole constructive ; à l’égoïsme, un geste de service.
Abbé Martial SOH TAKAMTE
